Moi vegan ?




L'autre jour, je suis allée chez le médecin, et je parlais B12 avec lui.
Il m' a regardé et m'a dit "Quoi vous n'êtes pas vegan quand même ?"


Outre le côté révélateur de la pensée courante dans le monde médical sur l'alimentation végétalienne, cette question m'a vraiment troublée.

Parce que je ne me "considère" pas comme vegan.

Vegan c'est :  Personne qui exclut de son alimentation tout produit d'origine animale (végétalien) et adopte un mode de vie respectueux des animaux (habillement, cosmétiques, loisirs...)

Alors, ok je suis vegan ou en tout cas, j'essaie.
Mais...
Derrière le mot, on accole de plus en plus une mode, une mode de bobo avec parfois un petit côté sectaire. 
ON en parle sans trop savoir ce que ça signifie. 
(et là je parle des médias, d'une partie du milieu médical, mais aussi d'une partie de la population) 


On se dit vegan "mais je mange de la viande une fois par semaine" - "mais je vais à la chasse" - "mais ce p'tit sac en cuir il est trop canon " - "c'est top pour mon régime" (véridique, hein)

Pour ma part, je ne me dis pas vegan. 
Déjà parce que j'adapte encore mon alimentation dans sa globalité, car même en étant végétalienne, je me fais encore parfois avoir sur les "produits finis". Je prend encore des réflexes que je n'avais pas à la base : regarder sur les produits type pâtes, pain.., la composition. (et ça me rend dingue : que font du lait, des oeufs ou de la crème dans certains aliments... sérieusement, pourquoi ??) 

Ensuite, parce que j'ai l'impression que le terme n'est plus pris au sérieux.
J'ai l'impression de faire "un caprice". De "vouloir être à la mode" - de ne "pas réfléchir". 
Ça me donne parfois un peu la même sensation que quand je dis que je ne veux pas d'enfant : "tu changeras d'avis". 
Du coup, il attire au passage toutes les incompréhensions, les critiques, et les remarques complètement idiotes, le véganisme étant vu comme un extrémisme. Et l'extrémisme, "c'est mal". 

( Ce qui est paradoxal, c'est qu'on parle surtout du point de vue alimentaire oubliant au passage le végétalisme qui a royalement la paix.)


Or, cette démarche est pour moi (comme pour beaucoup!) mûrement réfléchie. 
Je lis, beaucoup, je me renseigne. 
Je ne fais pas ça sur un coup de tête. 
Mes idées évoluent. 

Pour moi ce changement alimentaire va avec mon évolution globale, le mode de vie que je veux avoir mais il est aussi et surtout MORAL. 
Cette exploitation "animale", au même titre qu'une exploitation "humaine", si l'on tient vraiment à faire cette distinction, est, à mon sens, inacceptable. 

J'ai beau être quelqu'un de modéré, - et ne pas reprocher l'alimentation de mon entourage -  j'en arrive à comprendre la violence des propos de certains. 
Même si je ne cautionne pas les insultes, évidemment, comment ne pas se poser des questions sur cette capacité, que l'on a tous (eu), d'aimer et de faire souffrir en même temps
Comment peut-on moralement cautionner cette souffrance ? 
Comment peut-on accepter que des personnes non humaines souffrent pour une simple question de plaisir des papilles ? 
Une fois que l'on a ouvert les yeux sur la dissociation cognitive, on ne peut plus les fermer.
Revenir en arrière, c'est n'avoir pas vraiment compris.


Pourtant, de nombreux "vegan", changent d'avis au bout de quelques années.
Pourquoi ? Et comment est-ce possible ?
Personnellement, la chair animale ne me manque pas. Rien que l'idée d'en consommer me rend malade.
Autour de moi, on me dit que je deviens de plus en plus "extrémiste".
Parce que je dis que la viande, ça me donne la nausée.
Parce que j'en parle. Parce que je dis, j'écris des choses qui dérangent mon entourage.
Parce que j'ai ouvert les yeux.
J'ai lu, j'ai comparé les théories, j'ai appris, je me suis fait un avis, et pour moi, moralement, rien ne justifie l'exploitation des animaux. 


C'est pourquoi, même si je suis végétalienne, même si je "suis" vegan dans mon refus de l'exploitation des animaux, je préfère, si l'on me demande vraiment de me définir, et franchement, apposer des qualificatif n'est pas franchement le truc que je préfère, me dire "antispéciste"(1) et non pas vegan. 
(Mais en fait, la plupart du temps, je ne me définis pas, je refuse de participer à l'exploitation d'êtres sentients tout simplement.) 


A bientôt, 
Charlie 



1 - "Le spécisme est la discrimination basée sur l'espèce, qui fait de l'espèce en soi un critère justifiant la violation de ces droits fondamentaux (exploitation, violence, oppression et meurtre). Le spécisme se caractérise dans les différentes sociétés humaines par un droit de vie et de mort de certaines espèces animales en fonction de critères familiaux, religieux et culturels. Le spécisme est semblable au racisme et au sexisme, il permet de justifier l'exploitation et la violence malgré toute notion de justice." 
"Quand les humains sont oppressés, c'est une tragédie. Quand les animaux sont oppressés, c'est la tradition." L'antispécisme s'oppose au spécisme et donc à la l'injustice, la maltraitance, à l'exploitation et à la consommation organisée des animaux."
(Vegan France, le spécisme et l'antispécisme)

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