vendredi 9 juin 2017

Mais à quoi tu sers ?




Arrivé à un certain âge, ou après quelques années (voir quelques mois) en couple, on entend souvent la question suivante :
"Et le bébé c'est pour quand ?"

Pour ma part, j'arrive sur mes 31, chéri sur ses 39, donc ça fait déjà quelques années que les gens se posent de questions...

Medley des commentaires les plus "courants"





"Vous allez faire un bébé ?
- Heu, bah non, je suis au chômage, là ce n'est pas trop le moment
- Bah si justement tu es à la maison"

(Gros blanc - et l'argent ?)

"Faudrait peut être s'y mettre, hein, l'horloge tourne"

"Tu seras bientôt trop vieille"

" Bon, ok tu as pas de chambre d'enfant, mais il peut dormir avec vous"

" Ça vous changera les idées" (si, si) "

"J'ai une nouvelle à vous annoncer !
-Tu es enceinte ????
-Heu non..."

" C'est quand que tu fais un enfant ?
Heu, j'en veux pas en fait.
Bah, tu changeras d'avis"


Tout ça évidemment, en pleine réunions de famille, fêtes, et tout le tralala.

Comme si, à un moment de la vie, la femme se définissait uniquement à travers son futur rôle de mère.
Allez dire que vous ne voulez pas d'enfant.. Que c'est une chose dont on a parlé, reparlé avec mon homme, et que nous avons fait un choix, objectif, en prenant en compte des tas de choses qui ne regardent que nous.


Entendre :
"Mais c'est tellement beau d'avoir un enfant",
"On aime jamais autant quelqu'un que son enfant"
"Tu ne sais pas à côté de quoi tu passes".
"Tu changeras d'avis plus tard"...
Et j'en passe... au bout de quelques années, c'est assez usant.

Je pense, pour ma part, que je n'ai pas à me justifier de ne pas ressentir ce besoin.
Est-ce que parfois, j'en ai envie ? Oui.
Est-ce que j'aime les enfants ? Oui.
Mais au final, l'envie est passagère et j'en reviens à mon point de départ : les enfants, c'est mieux chez les autres.
Je vais même plus loin : si demain, je tombais enceinte pas accident, je ne garderais pas cet enfant.
La venue d'un enfant doit être désirée, choisie mais aussi pensée selon moi.

J'estime que si on ne comprends pas mon choix, on doit le respecter.
Pourtant, il semble que la volonté de ne pas avoir d'enfant soit totalement incomprise par une majorité de la population.
Mais pourquoi ?



Pourquoi à partir d'un certain âge, la femme se définit-elle par sa capacité à expulser un petit être par son vagin ?
En quoi avoir des enfants est-il une condition au bonheur ?
Pourquoi devrais-je, moi, me justifier de mon choix de ne pas avoir d'enfant ?
Justifiez-vous le fait d'en vouloir ou d'en avoir ?

La philosophe canadienne Christine Overall dans son livre Why Have Children ? retourne la situation. En quoi est-ce normal d'avoir des enfants ? 
Pourquoi voulez vous faire des enfants ? Parce que c'est votre instinct naturel ? En quoi est-ce une bonne chose de le suivre ? Parce que vous en ressentez l'envie et le besoin ? N'est-ce pas relativement égoïste, surtout dans le monde d'aujourd'hui ? 
L'instinct naturel pousse à la reproduction pour assurer la survie de l'espèce.
Bon, de ce côté là, je pense qu'on est bon, vu la population mondiale qui s'élève à 7,4 milliards de personnes. On court un peu à la surpopulation non ?

Cela étant, tout cela n'est pas étonnant.
La contraception, la possibilité de contrôler le fait d'être enceinte ou non est récente : la loi de légalisation date de 1967. 
Avant cela, on tombe enceinte, point. Vous faites des enfants. Vous devenez mère, père.
Comme l'indique Valérie Colin Simard, psychothérapeute et écrivain c'est le fait de pouvoir ne PAS avoir d'enfants qui va en faire un désir - ou non. 

On est heureux du taux de natalité en France : 1,93 par femme en 2016. ( et encore, taux en baisse!)
Record européen en Europe. (Insee)
On pratique une politique familiale qui "pousse à l'enfantement".
Pourtant, les "No Kids" comme ils sont appelés, sont 6,3 % des hommes et 4,3 % des femmes, selon l'enquête « Fecond », réalisée en 2010 auprès de 5 275 femmes et 3 373 hommes âgés de 15 à 49 ans par l'INED et l'Institut national de la santé et de recherche médicale. 
Certes une minorité, mais une minorité toujours incomprise, remise en question. 
Dans un couple, l'enfant est la "suite logique".
La pression reste majoritaire sur les femmes. 
Le conditionnement reste présent : être mère, dans une société patriarcale, c'est se réaliser.
La pression de la société est telle qu'il FAUT avoir des enfants.



Un exemple qui selon moi en dit long :
La vasectomie, la stérilisation des hommes est aujourd'hui une pratique relativement courante, bien qu'autorisée pour raison contraceptive que depuis 2001 en France.
( Elle se pratique aux USA depuis les années 60)
Certes c'est une opération qui peut rebuter les hommes, mais qui, dans l'inconscient collectif, choquera moins qu'une stérilisation féminine.
En effet, bizarrement, parler d'une vasectomie choquera toujours moins que de parler d'une hystérectomie (bon, ce n'est pas le seul moyen de contraception définitive évidemment)
Et encore, majoritairement, il s'agit de couples ayant eu des enfants et n'en souhaitant plus.

La stérilisation est sujet tabou, et une femme faisant ce choix doit affronter "le monde de la médecine".
En 2010, la CPAM a même tenté de cesser d'effectuer les remboursements sur les femmes de moins de 40 ans (Décision annulée par la Halde)
D'après une enquête de Madame - Le Figaro réalisée en septembre 2014, 99% des femmes se verront refuser l'accès à la contraception définitive, les médecins utilisant leur droit de réserve.
En effet la loi précise qu': "Un médecin n'est jamais tenu de pratiquer cet acte à visée contraceptive mais il doit informer l'intéressée de son refus dès la première consultation"
Il doit donc alors diriger sa patiente vers un autre praticien. 
Dans les faits, et de nombreux témoignages les confirment : il s'agit d'un parcours du combattant. 



En bref, soyez mère, ou ne soyez pas ? 
Personnellement, j'ai fait mon choix. Et vous ? 







4 commentaires:

  1. J'aurais pu écrire cet article ! J'ai le même point de vue que toi, j'ai essuyé les mêmes remarques (bon, à 38 ans, ça s'estompe, je te rassure !)
    Bref, cette injonction à enfanter m'exaspère et c'est en effet très mal considéré que de ne pas vouloir être mère...

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  2. Super article très intime !
    Bravo à toi car tu nous dévoiles une partie de toi, pas facile à expliquer aux autres.
    Même si je n'ai absolument pas le même désir que toi, je comprends tout à fait et ne porte aucun jugement.
    Au contraire, si c'est ce que tu ressens au fond de toi, si ne pas avoir d'enfant te satisfait et te rend heureuse, si tu ne ressens aucun manque et que vous l'avez choisi avec ton compagnon, que juger ? Qui sommes nous vraiment pour porter des jugements sur les autres ? Les critiquer ?
    Effectivement, dans notre société c'est très mal vu de ne pas vouloir être parent, mais tout comme c'est mal vu d'être homosexuel et de vouloir des enfants. Tout ça parce que l'on s'occupe toujours de ce que font les autres, mais si on se concentrait ne serait-ce qu'un peu plus sur nous, les choses iraient bien mieux et chacun ferait ce dont il a envie, ce dont il ressent le besoin sans avoir peur du regard des autres.
    Enfin bref, je voulais seulement te laisser un petit commentaire pour t'encourager, te montrer que tout le monde ne pense pas la même chose (même si j'imagine que tu le sais déjà), un petit message d'une jeune femme qui veut des enfants, un jour, mais qui accepte tout à fait que toutes les femmes ne soient pas mères. Et puis qui sait ce que la vie nous réserve ? Je ne le serais peut-être pas non plus ? ;-)

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  3. j'aime beaucoup ton article
    ça aurait pu être moi un jour
    je suis mamie, et dans mes enfants il y a deux couples qui ne veulent pas d'enfants, qui ont maintenant passés l'âge et jamais au grand jamais je n'aurais osé émettre une seule critique, chaque personne dispose de sa vie à son choix moi aujourd'hui je choisirais de ne pas en avoir (je ne regrette aucunement mes choix antérieurs)

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  4. Jai 2 enfants mais je comprends très bien ton point de vue.
    Ce que j'ai plus de mal à comprendre c'est qu'ils insistent pour te convaincre d'en avoir . Parce que franchement si qqu'un n'en veut, mieux vaut qu'il n'en ai pas. C'est pas comme avoir un chat, un enfant, il faut constamment être présent, s'occuper de lui...etc
    Ces gens qui insistent, c'est comme si il voulait te mettre dans la même galère qu eux, ca doit être rassurant pour eux de ne pas être tout seul!

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